Jimmi Jo

Jimmi Joe marche sous un nuage d'étournows. Il n'a pas peur que les oiseaux lui chient dessus car d'une part ça ne lui est jamais arrivé et d'autre part il n'entend pas de plocs autour de lui. Or si les oiseaux lâchaient des fientes il en entendrait et vu leur multitude ce ne serait pas peu de plocs à ouïr. Sans doute qu'étant très nombreux et concentrés dans un espace aérien en 3 dimensions, étant en plus d'une hygiène toute volatile, ces étourneaux charmants se retiennent-ils. Ce sont les pensées de Jimmi Jo. Jimmi Jo se rappelle de ses cours de biologie, enfin il se rappelle qu'il en avait pour être précis.

En ce moment  Jimmi Jo a des problèmes au boulot, les roumains lui volent son travail à cause de l'Europe et il y a des chances qu'à la fin du mois sa boîte fasse faillite. Il fume une cigarette pour juguler son dépit. Heureusement JJ est marié. Sa femme ne lui a pas encore donné d'enfant et n'envisage pas de divorcer. Qui plus est elle travaille dans une usine de découpage de fruits, elle est chef de chaîne ou quelque chose du genre et n'a donc pas à couper les kiwis, les ananas, ou pire que tout : les pêches. La pêche est chiante à découper, elle a un noyau. C'est un beau métier, celui de la nourriture, surtout quand il s'agit de préparer des salades pour des enfants.

La cigarette s'est consumée et JJ l'envoie d'une pichenette dans un de ces fourrés crasseux des bords de routes que personne ne nettoie et qui illustrent avec laideur la cohabitation maladroite de l'homme qui entasse ses saletés dans les coins et de la nature qui essaie de les couvrir sous un tapis vert, jaune et moche. Des yeux le  regardent, un homme nu le fixe tandis que rebondit sur le sol, un peu devant, le mégot.

"Putain tu regardes quoi ?" dit l'homme.

JJ ouvre les yeux un peu plus grand qu'ils ne le sont déjà sous l'effet de la surprise. Il soutient le regard de l'homme. Inutile de répondre quoi que ce soit, aussi ne s'arrête-t-il pas. Mais l'homme continue :

"C'est pas vrai les mecs qui te fixent comme ça quand tu pisses tu te prends pour qui espèce de malade".

Quand il était plus jeune JJ s'est déjà retrouvé face à des problèmes. La plupart du temps il les a réglé sans grand dommage parce qu'il n'aime pas qu'il y ait de la casse, même si faut pas déconner. Aujourd'hui cependant il faut dire qu'il n'a pas trop le moral. Une voiture de police vient de passer à côté, le mec risque de se faire attraper c'est pas bien malin. Enfin ce sera mérité, on n'insulte pas les gens dans la rue. JJ se souvient de la fois où pendant qu'il rentrait chez lui un soir de fête il s'était fait importuner par un homme saoul dans le bus. Ce sont des choses qui arrivent et il lui avait cassé le nez en conséquence. Au moins avec les arabes... Mais que...

L'homme lui a jeté un canette de Pepsi écrasée et toute rouillée. Heureusement que la canette est plate et qu'elle offre une résistance à l'air parce qu'il aurait pu se la prendre dans le chou.

"OH qu'est-ce qu'y a ?

-Oh putain qu'est-ce qu'y a il me dit qu'est-ce qu'il y a quelle innocence toujours à demander pardon sale suceur de queue.

-Dis-dont ça va pas bien toi ? T'en veux une ?"

A ce moment la conversation n'a plus vraiment forme de dialogue puisque les tons s'échauffent, le mec se met à crier fort alors que JJ essaie de savoir ce qu'il veut, il commence d'ailleurs à vraiment s'énerver, qu'est-ce que c'est que ce fou qui agresse les gens dans la rue "olala garçon ça va pas aller" le mec continue de délirer il croit que JJ le regardait ou on sait pas bien quoi mais c'est lui qui s'est foutu à poil non ? Si jamais il s'avance ça va barder "reste calme garçon, reste calme" le fou commence à s'exciter et à changer de couleur, si c'est pas un monde ça où des types tout secs comme ça font les fous à se balader la queue entre les CLAQUE

NON MAIS IL VIENT DE ME COGNER SE CON ! S'exclame intérieurement JJ quelques secondes avant de sentir le nez de l'énergumène comme une clémentine éclater sous son poing gauche. "NON MAIS HO LAAA HO !"

L'homme maigrichon dont il vient de remarquer qu'il avait des traces de griffures sur le haut du ventre recule de quelques pas et continue de le fixer avec hostilité, mais il s'est enfin arrêté de crier. "Putain d'merde" ! JJ remarque qu'il se tient bizarrement les boules : il en presse une entre le pouce et l'index et tient l'autre cachée dans le creux de sa main. Ok, se dit-il, là ça commence à bien faire ! JJ reprend la route qu'il avait laissé laissant l'autre coi. C'est pas croyab' des mongols pareils ! L'homme ne le suit pas tout à fait, il marche à pas ralentis tandis que JJ s'éloigne à grandes enjambées. Puis il se met à crier :

"J'ai 747 j'aime sur ma page.

Un temps, puis :

-J'en ai rien à foutre de toi !

-BEN MOI AUSSI JMEN BALEKOUILLE DE TOI ALLEZ SALUT"

JJ est furieux, mais qu'est-ce qu'il veut ce mec. "Y va pas aller loin j'peux t'le dire". Un bruit de course le fait se retourner : c'est l'homme qui se rapproche. "...Putain il en reveut". L'homme ralentit en arrivant près de JJ. Il s'arrête à trois mètres et pose ses deux mains sur son sexe comme avec pudeur. Il lui jette un franc sourire qui fait apparaître des pâtes d'oie.

"J't'ai trollé ^^

-Quoi ? Allez rentre chez toi j'vais finir par appeler les keufs."

C'est quoi son délire ? Se demande JJ. Toujours sur ses gardes il fixe quelques secondes l'homme souriant puis se détourne en balançant la tête de gauche à drouate. "Pu-tain !". L'homme ne le suit pas, JJ se retourne régulièrement pour vérifier qu'il ne bouge pas : l'homme reste immobile. Sur une centaine de mètres il marche encore puis tourne dans une autre rue. JJ est très énervé. Quand il arrive enfin chez lui sa femme n'est pas rentrée, il prend un livre dans la bibliothèque, L'Ultime Rivage d'Ursula le Guin, et se met à lire en se recalant le caleçon depuis sa poche intérieure droite. JJ a toujours lu, puis il a acheté la télé et du coup il lisait moins. Mais là il lit plein de SF car il y en a jamais sur l'écran, ce qui est bien bête.

Quand sa femme rentre ils se mettent à table. Elle va bien mais elle a l'air toute tourneboulée. Elle lui raconte que dans l'après-midi un des intérimaires est devenu fou :

"Il était un peu bizarre depuis qu'il est arrivé y a un mois, quand il parlait c'était bizarre déjà, il nous parlait tout le temps de sites internet qu'il trouvait marrants, j'y suis allé une fois ça parlait de trucs en anglais, de meme ou je sais plus trop quoi avec un chien qui disait "much wow".

-Ah ouais les memes j'vois, c'est marrant ça. M'enfin au bout d'un moment c'est un peu lourd comme même.

-Ouais j'ai pas trouvé ça terrible aussi. Il avait un site il a jamais voulu nous dire ce que c'était, il nous a dit de chercher sur google. Comme si on a que ça à faire. Une fois il a dit à Annie de chercher un truc comme dix plaque ou diplèque, elle m'a dit un truc, c'était en anglais j'crois.

-Et elle a trouvé le site ?

-Non non elle a rien trouvé il a dû lui faire une blague ou j'sais pas trop quoi, c'était pas connu en tout cas. Pourtant il avait dit une fois en pause qu'il avait pleins de fans, enfin bref, à un moment donné Yves l'avait mis sur la machine à presser les oranges, tu sais avec le rail, on met tout le temps les intérimaires dessus c'est super chiant à faire, ben il a fait une heure et puis Yves a voulu le remplacer pour pas qu'il soit creuvé. Au début j'ai rien vu et puis on entendait rien avec les machines, puis j'me suis retournée parce que ça faisait un moment que tout était arrêté et qu'on avait pas repris et là j'ai vu Yves en train de tenir une combinaison et qu'avait l'air de gueuler.

-La combinaison de qui ?

-Bah du gars ! Il s'était foutu à poil parce qu'Yves lui a dit qu'il allait aller au raisin ! Je te raconte pas le bordel au niveau de l'hygiène sur la chaîne, heureusement il s'est barré tout de suite mais ça vaut mieux pour lui ! On allait appeler la sécu t'inquiète pas qu'ils l'auraient foutu dehors."

Le dîner se poursuivit sur ce sujet puis d'autres. JJ fut très troublé car il avait rencontré l'homme nu pas loin de la fruiterie, mais pour ne pas faire peur inutilement à sa femme il ne lui dit rien. Il hésita à aller voir la police pour leur raconter ce qui s'était passé dans l'après-midi mais il n'aime pas trop les flics, JJ, ils l'ont quand même bien fait chier sur la route. Si ils faisaient mieux leur boulot y aurait p't'être moins d'accidents au lieu d'rester l'cul sur l'bord de la route à prendre des photos. Et c'est surement pas les routiers qui foutent le bordel sur la route. Mais il ne put rester à rien faire non plus, personne n'ayant rattrapé le type à sa connaissance, qui sait ce qu'il pouvait bien faire encore ?

Sa femme et lui firent l'amour dans le noir cette nuit-là, aussi ne vit-elle pas la ride perplexe qui séparait son front en deux parts égales. Jimmi Jo était partagé.

Dans Créas perso. Là t'as le permalien.

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(J'déconne ça sert à rien)