Antithème (Hunter)

Le soleil avait dépassé son zénith depuis déjà quelques heures, mais il n’avait pas un instant cessé de brûler le ciel, de le pâlir de sa blanche lumière, la chaleur faisant vibrer l’air aride au point que chaque inspiration semblait plus dure à prendre que la précédente. Chacun de ses pas soulevait de nouvelles volutes de poussières qui venaient lécher le bas de sa cape de colporteur en vagues jaunâtres desséchées. Fronçant légèrement les sourcils, il contempla pensivement la forme qu’il pouvait apercevoir et qui ressemblait singulièrement à une caravane, probablement une planque pour une quelconque guilde vagabonde. Le repaire était éloigné de sa route, et même s’il était repéré, il aurait largement le temps de passer avant que qui que ce soit ne puisse le rattraper. Du moins, si son agresseur était à pied. Il parcourut ses souvenirs de la région pour essayer de déterminer la probabilité que les éventuels assaillants puissent avoir de l’essence avant de décider que le risque n’était pas assez grand pour le décider à faire un détour. Il leva un peu le menton, redressa ses épaules et recommença à marcher.

La route serpentait entre des collines, les enjambant d’un trait sinueux, les surmontant en circonvolutions, et il la parcourut à grandes enjambées, se laissant guider jusqu’au sommet d’une butte. Il se figea un instant lorsque surgit devant ses yeux un champ moissonné et contempla brièvement l’étendue de fétus brisés, notant distraitement les quelques grains oubliés à terre, à la fois satisfait et déçu. Il arrivait à destination, les villes ne suivant jamais de très loin les Communaux, et c’était pour le moins un soulagement, mais il aurait préféré contempler aujourd’hui un océan de blé auréolé de lumière plutôt que ce défilé d’épis décapités. Haussant les épaules, il se remit en route, plus pressé encore qu’auparavant d’arriver à destination maintenant qu’il savait devoir longer les champs amputés de leurs fruits. Enfin, au détour d’un virage, il aperçut un bâtiment et s’autorisa un sourire satisfait. Le bâtiment des Communaux avait dû, dans les Anciens Temps, être l’un de ces entrepôts que l’on réparait aujourd’hui avec tout ce que l’on pouvait trouver. Des bouts de tôles aux couleurs disparates étaient essaimés sur la structure, parfois entrecroisés de planches de bois vieillies. Partout, la rouille coulait en traces orangées, rongeant la gouttière, mordant la toiture. Plus proche maintenant, il pouvait même distinguer les formes rapides qui s’agitaient autour d’un gigantesque silo perché sur un trépied de métal. Des silhouettes, seulement vêtues de pantalon en toile de jutes, faisaient tourner une énorme roue, activant les lourds mécanismes dans des claquements grinçants. Il pouvait entendre le souffle de la pompe, le martèlement des grains contre le fer du tuyau, montant avant de tomber en pluie dans le silo grand ouvert, un ouvrier perché sur l’embouchure pour surveiller les niveaux, ses cheveux blonds entourant sa tête penchée. Il s’apprêtait à les dépasser lorsqu’il entendit un cri et tourna la tête avant même d’y avoir pensé. Il écarquilla légèrement les yeux en voyant l’ouvrier toujours perché lancer ses bras dans d’immenses gestes saccadés. Il lui fallut quelques secondes avant de voir que l’un des pieds du réservoir était en train de s’affaisser et il ne comprit ce qu’il se passait qu’au moment où la poutre céda dans un bruit de tonnerre, le silo s’effondrant aussitôt pour rouler au sol en laissant dans son sillage une marée de blé qui engloutit les hommes à terre et les immergea dans une flaque de grains dorés. Il se permit un rire compatissant devant leur mine déconfite avant de reprendre son chemin. Il sentit les abattoirs avant de les apercevoir mais la rivière qu’il trouva en amont était bien assez pour le réconforter de l’odeur de sang et de mort. Il pouvait dès à présent voir l’enceinte de la ville, une muraille faite de granit et de boue, de briques et de paille, de planches vermoulues et de plaques ferrées, de ciment et de plâtre indifféremment mêlés dans une anarchique juxtaposition exigée par l’urgence. Il distinguait même ce qui devait être une ancienne portière de voiture incrustée dans la paroi, d’un gris informe qui lui faisait penser qu’elle avait dû, dans un temps, être blanche. A l’entrée, les deux miliciens en poste attendaient vaillamment entre les deux portes massives, leurs uniformes rigides les empêchant de trop s’avachir dans la chaleur étouffante. A son apparition, les hommes se redressèrent un peu plus, rentrant le ventre et écartant les épaules pour lui lancer un regard sombre. Il sentit un rictus narquois chatouiller ses lèvres et ce n’est que de justesse qu’il parvînt à leur adresser un air affable et un sourire poli avant de tendre la carte estampillée du tampon de sa guilde. Celui de gauche lui adressa un signe de tête et fit un pas dans sa direction.

-Qu’est-ce qu’on a là ? demanda-t-il avec un froncement de sourcil vaguement menaçant.

-Un humble colporteur qui vient gagner sa vie.

-Montre, ordonna-t-il sévèrement avec un geste impatient.

En haussant des épaules, le colporteur ouvrit son sac pour montrer ses maigres marchandises. Le milicien fronça un peu plus les sourcils avant que sa main ne jaillisse et n’aille saisir deux livres d’un geste impatient.

-C’est quoi, ça ?

-Des livres sur le Savoir Unique, répondit-il en roulant des yeux. Tous écrits par le Concile.

L’homme regarda les ouvrages avec une curiosité un peu dégoûtée avant de se tourner vers le second milicien.

-Il a des bouquins, aboya-t-il.

L’autre s’empressa aussitôt de le rejoindre en trottinant, sa tête dodelinant au rythme de ses pas. En soupirant, il tendit la main vers les livres, s’en saisissant pour les feuilleter distraitement.

-C’est bon, déclara-t-il finalement, ce sont des officiels.

Il s’empressa de les récupérer et de les ranger dans son sac.

-Merci pour votre patience, déclara-t-il tranquillement avant de prendre une mine concernée. Des problèmes par ici ?

-Rien qui ne te concerne, grogna le premier milicien avant de se détourner.

Il s’empressa de se glisser entre les portes et se dirigea aussitôt vers la place principale où il aurait le plus de chance de trouver des clients. L’après-midi était bien avancée, mais il lui restait encore un peu de temps devant lui. Il trouva sans peine le Temple du Savoir Unique, ses massifs murs de marbre blanc et son parvis grouillant d’activité et ne perdit pas de temps avant de se mettre au travail. Exposant ses peignes, ses rubans, ses bracelets et tous ses petits trésors, il s’arma de son plus beau sourire et se lança à la conquête de la foule.

 

Le soleil n’était plus aussi haut, disparaissant presque derrière la haute stature du temple, et il décida qu’il était temps pour lui de s’en aller. Il remballa rapidement ses dernières marchandises et, sans se retourner, s’engouffra dans une rue. Les indications qu’on lui avait données étaient claires, et il ne lui fallut que peu de temps pour trouver son hôte du soir. Recouverte de chaux, l’entrée de l’auberge était faite de paille et de torchis. Derrière, une cheminée enfumée indiquait qu’au moins une partie de l’établissement devait être en pierre, si ce n’est en brique. Accrochée sur un bout de tôle en haut de la porte, l’enseigne, un chapeau à grelots fendu, grinçait légèrement à chaque fois qu’elle se balançait. Et juste là, entre les deux clochettes peintes avaient été fixées deux petites branches de peuplier séchées, l’une d’entre elles posée à plat et, partant de son milieu, l’autre qui la surmontait verticalement. D’un regard nonchalant, il observa ses environs avant de s’éloigner un peu. Il fit quelques détours puis se cacha dans l’ombre d’un porche où il enleva sa cape, la secouant un peu pour en enlever la poussière, avant de la retourner, de se draper dans la doublure noire et de remonter soigneusement le col jusqu’à son menton. Puis, il sortit de sa poche un foulard qu’il noua pour cacher ses cheveux et un chapeau de toile sombre à large bord, l’enfonçant soigneusement sur son crâne avant de le baisser sur ses yeux. Satisfait, il sortit et retourna vers l’auberge. Il entra calmement, se dirigeant aussitôt vers le comptoir où, la tête baissée, il se contenta de poser un T en bois. A travers le fin tissu tombant devant ses yeux, il vit le patron de l’auberge lui lancer un regard curieux alors même que sa main s’empressait de cacher l’objet.

-Si vous voulez bien me suivre, demanda l’homme diligemment avant de se diriger vers un couloir à l’opposé de la salle où semblait s’agiter le plus de monde.

La tête toujours baissée, il le suivit sans faire de bruit, le laissant le guider jusqu’à une porte après les cuisines. L’aubergiste ouvrit la porte et s’empressa d’aller allumer la torche avant de lui montrer de la main une table au fond de la pièce.

-Je vais aller chercher votre repas, s’exclama-t-il nerveusement.

Il n’eut pour seule réponse qu’un hochement de tête qui le fit détaler aussitôt avant de refermer la porte derrière lui très précautionneusement. L’aubergiste parti, le silence résonna quelques instants avant qu’il ne laissa échapper un soupir en se dirigeant vers la table. Il abandonna son sac contre un mur après avoir récupéré son masque et s’affala négligemment sur la chaise, face à la porte. Quelques minutes seulement passèrent avant qu’un bruit ne se fasse entendre et que le battant ne s’ouvre, laissant apparaître l’aubergiste au visage rougi. Il entra, se dépêchant d’aller poser le bol de soupe froide et le pain de maïs qu’il tenait sur la table avant de lui jeter un nouveau regard en coin, essayant sans doute de discerner son visage, et d’ouvrir à nouveau la bouche.

-Est-ce que vous avez besoin de quelque chose d’autre ?

Il lui fit signe que non avant de prendre le bol et de l’apporter à ses lèvres, prenant soit de toujours rester caché sous le large rebord du chapeau. L’aubergiste s’agita un peu, semblant trépigner légèrement.

-Et quand est-ce que je… commença-t-il pour s’arrêter aussitôt.

Le colporteur le contempla un instant avant de décider de répondre, prenant soit d’user d’une voix grave.

-A l’heure où la nuit reprend ses droits sur l’éclat du soleil.

L’aubergiste écarquilla les yeux en ouvrant grand la bouche avant de la refermer rapidement.

-A la tombée de la nuit, clarifia-t-il.

L’homme rougeaud hocha de la tête, parut hésiter quelques instants, puis se précipita vers la porte à nouveau en marmonnant une invitation à profiter de son repas. La porte se referma dans un bruit sourd et il n’y eut que le silence. Avec un sourire amusé, il entreprit de manger.

 

La torche n’éclairait la pièce que faiblement, le mur contre lequel il s’était adossé étant plongé dans l’obscurité. Les fenêtres avaient été recouvertes de planches auparavant, probablement pour transformer la pièce en réserve de quelque sorte que ce soit. Il pouvait entendre des bruits de pas dans les couloirs, mais pas de voix. La porte s’ouvrit et trois personnes entrèrent en lançant des regards curieux autours d’eux.

-Il n’y a personne, chuchota une jeune femme.

-Tais-toi ! siffla quelqu’un d’autre.

Il sentit ses lèvres s’étirer en un sourire narquois, jusqu’à aller toucher le rebord de son masque. Il aimait cet instant, l’attente, l’anticipation et il en profitait toujours autant qu’il le pouvait. Le même flot d’émotions qu’à chaque fois l’envahissait, tournant dans son ventre, juste en dessous de son nombril pour remonter étreindre sa cage thoracique, plus violent à chaque fois que de nouveaux bruits de pas retentissaient dans le couloir, que la porte s’ouvrait encore une fois, que de plus nombreuses silhouettes glissaient sur le parquet brun, se tassant un peu les unes contre les autres pour rester dans la lumière. Lorsque l’aubergiste entra enfin à son tour et ferma derrière lui la porte à clé, il se détacha du mur et, en quelques pas qui firent frémir sa cape, avança vers eux, laissant l’obscurité se détacher de lui alors qu’il entrait dans les ombres, gagnant quelques exclamations surprises.

-Je suis Antithème, annonça-t-il solennellement, et je suis venu vous raconter des histoires.

Puis il sourit. Un large sourire révélé par le masque blanc qu’il portait et qui lui recouvrait tout le visage si l’on exceptait sa bouche et son menton. A quelques mètres de lui, deux jeunes gens se tenaient l’un contre l’autre, le visage tourné vers lui, le regard brillant, et il leur adressa un geste de main invitant.

-Les Anciens Temps, commença-t-il en murmurant presque, connaissaient des histoires et des récits qui n’ont plus été raconté depuis bien des années. Des histoires peuplées de créatures merveilleuses et de rêves. Certains de ces récits parlaient de force, de courage, et de liberté, d’autre de folie, de pouvoir, parfois d’amour ou d’amitié. Et d’autres parlaient de monstres. Et c’est l’une de celle-ci que je vais maintenant vous raconter.

Il prit une pause, prenant le temps d’apprécier les regards pleins d’attente de son public avant d’entamer la première fable de la soirée.

-Bien avant le Cataclysme, reprit-il avec un peu plus d’emphase, des siècles même avant les Anciens Temps, était une légende, une rumeur dans le pays qu’une forêt avait été maudite. Les arbres mourraient, leurs fruits pourrissaient, les oiseaux et les animaux fuyaient, désertant les environs et l’on s’aperçut que de nombreux voyageurs y avaient disparus. Mais une rivière traversait le bois avant de s’éloigner dans la vallée et le seul pont se trouvait au cœur de la forêt. Aussi, les voyageurs continuèrent à la traverser. Les villageois essayaient bien de les retenir, mais à leur grand désespoir, ils n’étaient jamais écoutés. Un jour, un jeune aveugle se présenta au village et demanda à acheter des provisions pour son voyage. Les villageois s’empressèrent de le prévenir du terrible danger, mais le jeune homme n’y prêta pas attention. Cela faisait bien longtemps qu’il voyageait, et on l’avait prévenu à de nombreuses reprises de bien des périls. Mais tout aveugle qu’il soit, jamais il n’avait été blessé. « Je ne peux pas regarder dans les yeux du Mal, il ne peut pas me tenter ! » s’exclama-t-il avant de reprendre sa route. Il marcha toute la matinée sans croiser personne. Puis, à l’heure où le soleil est à son plus haut, son chemin passa à côté d’une maison accolée à un jardinet où un vieillard plantait des tomates. Dès qu’il vit l’aveugle, le vieil homme se redressa. « Ne sais-tu donc pas où mène cette route ? Une fois cette maison passée, tu ne trouveras par-là que la mort ! » s’exclama-t-il d’une voix chevrotante. Mais le jeune homme lui répondit exactement la même chose qu’aux villageois : « Je ne peux pas regarder dans les yeux du Mal, il ne peut pas me tenter. Le vieillard se pencha un peu, plissa des yeux puis secoua la tête. « Mais cela ne veut pas dire qu’il ne sera pas tenté par toi ! » prévint-il. Le jeune homme lui adressa un sourire poli puis s’éloigna, partant plus allant vers la forêt. Le vieil homme le suivit des yeux puis, en se plaignant de la jeunesse, s’en retourna à ses tomates.

Il se tût, à peine quelques secondes, savourant l’inspiration excitée que semblaient prendre plusieurs personnes dans la pièce, puis reprit son récit d’une voix plus mystérieuse encore.

-Le jeune homme ne mit que peu de temps à rejoindre les premiers arbres. Ils étaient desséchés, le sol était vide de feuilles, mais il ne s’inquiéta pas, poursuivant son chemin. Alors qu’il s’enfonçait dans le bois mort, il ne se soucia ni du bruit du vent dans les branches grinçantes, ni de l’absence des oiseaux. Le chemin sombre et bordé d’épais fourrage aurait probablement effrayé quiconque, mais l’aveugle poursuivait son chemin avec insouciance. Enfin, il entendit au loin le bruit de la rivière et sut qu’il s’approchait du pont. Il allait poser le pied sur celui ci lorsqu’un clapotis retentit à côté de lui. C’était une fée, un monstre étrange au torse de femme et à la queue de serpent, qui vivait dans la rivière, sous le pont. C’était elle qui avait tué tous les voyageurs, les attirant à elle par sa beauté et par la splendeur de la perle blanche qui ornait son front. Mais le jeune homme ne pouvait la voir et, désappointée que son apparence ne lui soit d’aucune aide, elle n’avait su que faire durant un instant. Elle décida de parler : « Pourriez-vous m’aider ? Je peux vous payer, j’ai en ma possession une perle de très grande valeur ! . Mais le jeune aveugle était prudent. « Que ferais-je d’une perle ? Je ne pourrais que la tenir, et mes doigts glisseraient sur elle. Elle me serait plus utile brisée, j’aurai alors quelque chose à toucher ! » répondit-il. La fée s’agita dans l’eau, agacée. « Je pourrais te donner de nouveaux yeux ! » proposa-t-elle. Le jeune homme n’en fut que plus convaincu qu’il devait être méfiant. «  Je ne veux rien de ce que tu as, je n’ai besoin de rien d’autre que ce que j’ai » affirma-t-il en s’engageant résolument sur le pont. La fée, désormais folle de rage de voir sa victime lui résister, poussa un cri furieux avant de briser le pont en deux d’un coup de sa queue de serpent, laissant le jeune aveugle la rejoindre dans les flots de la rivière. Ainsi cette histoire se termine dans son cri d’agonie et maintenant vient le temps de se demander quoi retenir. Peut-être est-ce qu’il faut se méfier des trop belles promesses et plus encore de ceux qui les font ? Peut-être est-ce que l’on ne peut pas seulement combattre le mal en lui disant « non » mais que c’est un bon début malgré tout? Ou peut-être, plus simplement, que la morale, c’est que l’on devrait plus souvent écouter les vieillards qui plantent des tomates !

Sa déclaration pleine de joie lui attira quelques rires qui ne firent qu’agrandir son sourire.

-Et maintenant, se demanda-t-il pensivement, quelle histoire des Temps Anciens méritent-t-elles d’être entendues ce soir ?

Un frisson parcourut son assistance qui le fixait, le visage transporté, les yeux brillants et le souffle court.

 

La dernière personne à quitter la pièce ne put contenir un petit rire d’excitation en passant le seuil de la porte et c’est avec tendresse qu’il la contempla disparaître. Il se retourna, se dirigeant derrière la table pour récupérer son sac contre le mur. Un bruit derrière lui le poussa à se retourner et il haussa un sourcil en voyant l’aubergiste le regarder fixement, la main sur la poignée. L’homme bégaya un peu, hésitant avant d’arriver à parler.

-Comment vous appelez-vous ? demanda-t-il d’une traite avant de recommencer à trépigner légèrement.

-Je suis l’Antithème, répondit-il seulement avec un sourire carnassier.

L’homme sembla devenir plus rouge encore, puis s’inclina maladroitement devant lui et s’enfuit une dernière fois vers la porte. Tranquillement, il s’étira légèrement les bras. La soirée avait été bonne, les gens avaient eut l’air d’apprécier, il était en somme plutôt satisfait. Il enleva enfin son masque, le rangeant dans son sac avant de remettre son chapeau en place. Vérifiant d’un coup d’œil laconique qu’il n’avait rien oublié, il se dirigea à son tour vers la sortie. Il prit le couloir d’une traite, sans s’arrêter, se glissa entre deux ivrognes à l’entrée et disparut dans la rue. Après quelques détours, il enleva promptement chapeau et foulard avant de retourner à nouveau sa cape. Il regarda le ciel, juste quelques secondes, puis reprit son chemin. Rapidement, il parvint jusqu’à la place principale où quelques lampadaires électriques éclairaient la façade immaculée du Temple du Savoir Unique. Il fronça les sourcils, à peine une seconde tant il détestait ces bâtisses de lourdes pierres censément inébranlables mais se reprit bien vite. Il était l’Antithème, rhapsode aux histoires faites de bouts et d’autres, de morceaux trouvés un peu partout dans un étrange mélange dont personne ne pourrait deviner la composition. Il ne croyait pas au Savoir Unique et chacune de ses phrases étaient un manifeste contre. Oui, un jour, il serait arrêté, il n’en doutait pas. Il ne regrettait pas pour autant, il ne serait pas le premier, et certainement pas le dernier. Car d’autres prendraient sa place et leurs mots murmurés se mêleraient aux siens, encore et encore, dans un souffle plus puissant que le vent, plus violent que la mer, qui glisserait entre les blocs de marbres, sifflerait jusqu’à crier entre les murs immaculés, jusqu’à ce que les masses se soulèvent dans un énorme boucan, que les pierres se retournent, que ce qui avait été construit soit retourné, que ce qui avait été posé soit soulevé et que l’immuable Temple du Savoir Unique ne soit plus que débris et gravats. Et Antithème serait là, les yeux aux aguets et les lèvres prêtes à raconter l’histoire au monde. Il adressa un salut moqueur au fronton magistral de l’édifice avant de se tourner vers la nuit pour y disparaître.

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