Hey Patrick [Réécriture]

"j'ai pa fini le poulet mas je pars, jettouffe ici"

 

Didier ne put s'empêcher de repenser à cette phrase. Où l'avait-il lue, déjà ? C'est quoi c'tas de merdes, c'est quoi ces mots si hâtivement griffonnés ? Si profusément inventés ? Si facétieusement chiés ?

Il songea au filet de dinde huilé d'avant-hier, préparé sans amour, par Christiane, sa génitrice, crevée la veille.

 

"J'aurais dû lui dire que ma constipation chronique était finiche." pensa-t-il.

Mais en fixant un Bic dans sa main, il se demanda s'il ne devait pas insérer ce tube flexible dans son urètre.

 

"Ouais… J'aurais pu lui écrire de la sorte. Comme ça. Et ç'aurait fait un truc comme ça."

Il se cura le nez.

 

"Ouais. J'aurais peut-être dû. Pis c'était d'la dinde, bats les couilles."

 

- Alors, t'es sûr que tu veux pas sortir, un peu ?

- Nan je t'ai dit. Pour quoi faire ?

- Je sais pas, moi. Faire un tour. Juste… Regarder, quoi.

- Ouais nan… C'est bon. J'ai pas envie…

- Quoi ? Encore ? Tu ne vas pas rester ici enfermé ? C'est pas possible ?

 

Le curseur, en soi, est l'enveloppe d'un sexe. D'une âme, aussi. Le tout réuni en quelques pixels. Il sait. Il sait, lui, où aller. Il trouve toujours sa place. Il dispose éternellement du bon clic.

 

C'est vous, en quelque sorte ?

 

A cet instant, par exemple, votre curseur agonise du côté de chez Mon Premier Site Internet.

Celui de Didier, lui, préfère les Amateurs Natures.

 

"Carrément."

 

Il se pressa les couilles. Ce pauvre Didier n'avait plus la force de se choper la bite. Ses rétines n'appréciaient plus la dissimulation fébrile du gland sous le foulard du prépuce. Puiser, puiser, toujours puiser de ses doigts pour que le foutre étanche la soif. Cela lui rappelait avec amertume la taille infime, pourtant affable, de sa verge. Accablant, pour Didi. Très très accablant. Alors, il s'arrêtait doucement. Tout doucement. Baissait la tête. Et contemplait ce qui lui restait dans le creux de la paume.

Fenêtre réduite.

 

Après s'être planté Auriculaire, Index, Majeur, et Annulaire contre son organe moelleux, il constata qu'il était l'heure de s'humecter le cul.

Il s'assit dans sa baignoire trop creusée à son goût.

 

"Un jour j'arriverais pu à en sortir de c'te merdier." Qu'il disait.

 

"J'y arriverais pu."

Il fit couler l'eau, et, de nature patiente, attendit que celle-ci se réchauffe pour la laisser couler le long de son corps poreux, et détérioré, où chaque parcelle de peau semble hurler à la mort.

 

"C'est à cause de l'acné, ça. C'est la sauce. C'est l'huile versée sur la dinde. Quelle grosse pute, celle-ci. Après elle s'étonne, la conne. J'lui en aurais foutue une sur la gueule, j'peux te dire, petit gars. Elle aurait pigé."

 

Silence.

 

Il soupira.

 

Ses deux prunelles n'aperçurent même pas leurs deux autres mirabelles, plus bas.

Il alla les cueillir lui-même.

 

"Dites coucou aux mirabelles, les prunelles."

Ses yeux versèrent des larmes.

 

"Dites coucou. Dites coucou ?"

Les sanglots vinrent se nicher dans sa toison.

De son large pouce, il échancra son pelage, dans l'espoir de retrouver ses perles salées, les siennes.

 

"Putain j'espère que ça va pas m'en faire pousser d'autres."

 

(De poils.)

 

Tandis que Didier apprenait à redécouvrir pour la 477ème fois son pénis, quelque chose, un son, un bruit retentissait dans le duplex. Duplex avec cuisine. Et tout.

Effectivement. Une vidéo tournait inlassablement sur l'écran de l'ordinateur, d'un fils en train de se branler sur les costumes de son père.

 

 

Le curseur ne bougea plus jusqu'à la fin des temps. Il fallait oublier cet instant et comme cela était impossible, il le sentait bien, il n'osait plus bouger ni penser, il voulait fuir la confrontation terrible.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Est-ce qu'y reste du poulet, d'jà ?"

 

Dans Créas perso. Là t'as le permalien.

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